Requiem pour Sakineh

Posté par : admin dans Culture le 26-12-11 | Pas de commentaires |

  Comme chaque année, nous nous sommes rassemblés, en famille, en amoureux ou entre amis. Tout ce beau petit monde se détourne, ne serait-ce qu’un instant, du monde extérieur pour se concentrer sur la joie procurée par la vision du sacro-saint foie gras et l’anticipation de l’incontournable bûche au chocolat. Chacun fait sa trêve de Noël comme il l’entend. Mais tout le monde ne la fait pas. Il ne s’agit pas de faire de l’occidentalisme ni du colonialisme moral de base, mais de s’indigner, à défaut de pouvoir faire autre chose, pour la mémoire et l’honneur d’une femme, au nom de toutes les autres.

Sakineh Mohammadi Ashtiani, âgée de 43 ans, avait été condamnée à mourir par lapidation pour adultère et complicité dans le meurtre de son mari, en 2006. L’affaire avait fait un tollé dans la communauté internationale mais ces bourreaux semblent tenir à ce que « justice soit faite ».


Le 25 décembre, alors que des centaines de brebis égarées priaient pendant la messe de Noël pour l’absolution de leurs péchés, la santé de leurs proches et le dernier iPhone, le sort de Sakineh Mohammadi Ashtiani était débattu par de sinistres spécialistes de la loi islamique.


En fait, dire que le sort de cette jeune femme iranienne – condamnée à la peine de mort par lapidation pour adultère et complicité dans le meurtre de son mari – était débattu, est un abus de langage. Loin de vouloir mettre un terme à cette affaire et sauver la jeune femme d’une peine jugée « barbare » par l’Union Européenne, ces bourreaux investis d’un soit-disant pouvoir religieux, au nom d’une autorité morale manifestement sans fondements, ne feraient que modifier sa mise à mort. Ainsi, hier soir a-t’on pu lire ou écouter que le cadeau de Noël de cette femme, condamnée en 2006 à mourir sous les pierres, pourrait être une pendaison. C’est ce qu’a déclaré Alek Ajdar Sharifi, le chef de la justice de la province iranienne de l’Azerbaïdjan orientale (nord-ouest), où elle purge actuellement sa peine.


Justice doit être faite. Ainsi, dans un article d’Amnesty International paru en avril dernier, on apprenait que l’avocat chargé de la défense de Sakineh avait été arrêté, condamné à un de prison ferme, banni  du barreau pendant cinq ans, le tout après un procès expéditif, sans avocat. Dans une lettre, il témoigne des actes de tortures dont il a été victime alors qu’il était en cellule d’isolement du 11 octobre au 12 décembre 2010. Le fils de Sakineh avait également été arrêté, puis relâché après acquittement d’une caution de 40, 000 dollars.


En 2007, Sakineh avait fait appel pour les deux condamnations. La première peine, la mort par lapidation pour complicité avec son amant dans le meurtre de son mari a été commuée à une peine de 10 ans de prison, mais la deuxième peine avait été confirmée pour le crime d’adultère. A l’heure où la violence à l’égard des femmes semble se répandre comme une trainée de poudre, à l’heure où l’on décapite des femmes pour sorcellerie en Arabie Saoudite, où l’on mutile des petites filles en Afghanistan, où l’on s’échange et viole les femmes dans le contexte du trafic de drogue au Mexique, où on condamne des femmes à une existence de soumission dans le cadre de lois pour la polygamie, où on les empêche de manifester et de s’exprimer pour leurs droits, il est plus que jamais temps, que justice soit faite.


Pour Sakineh, il semblerait que la messe soit dite et que la trêve de Noël n’aura pas lieu. Espérons seulement qu’elle ne meure pas en vain. L’année 2011 semblait pourtant pleine d’espoir avec l’attribution des prix Nobel  à ces trois femmes : Ellen Johnson-Sirleaf du Libéria, Leymah Gbowee et Tawakkul Karman du Yemen. La directrice exécutive d’ONU Femme y voyait plus qu’un message ; le début d’un véritable tournant pour les femmes du monde afin qu’elles prennent la place qui est la leur dans la société. Requiem for a Dream and. Requiem pour une femme.


Source : Le monde, Libération, Amnesty International
Crédit photo : © paulo Jorge cruz – Fotolia

Tintin : irrésisitible et atemporel

Posté par : admin dans Culture le 14-11-11 | Pas de commentaires |

Tout le monde où presque connaît le célèbre reporter et son chien Milou et se souvient de la mésentente légandaire du capitaine Haddock avec les lamas ou encore du pendule du Professeur Tournesol. Pourtant, peu connaissent la véritable histoire de ce héros qui ne prend pas une ride bien que ses origines remontent à l’entre deux guerres. Et oui, Tintin a plus de 80 ans ! La sortie du film de Spielberg, qui reprend le héros d’Hergé en adaptant au cinéma l’album « Le secret de la licorne », est l’occasion pour beaucoup de redécouvrir le jeune reporter et c’est aussi le pari d’en faire une star à l’international. Mais pour tous ceux qui ont grandi avec ce classique du 9e Art, que savez-vous vraiment de son histoire ?

Le premier album de la série, « Tintin chez les soviets », est publié dans Le Petit Vingtième en 1929. Le Petit vingtième était un supplément hebdomadaire de bandes dessinées au journal belge Le XXe Siècle et racontait les aventures de Tintin, un jeune reporter. Le responsable de ce supplément était un certain monsieur George Remi, mieux connu sous le pseudonyme « Hergé » – initiales inversées de son patronyme.

Ceux qui avaient découvert Tintin dans les pages énigmatiques de ce journal fictif, eurent la chance de partir avec lui chez les soviets, au Congo, en Amérique, en Syldavie ou encore d’élucider l’incroyable énigme de « l’Oreille cassée ». L’album « L’île noire », 7e album de la série, est publié dans les pages du supplément en 1937. En 1965, Hergé redessine l’album intégralement  à la demande expresse des Anglais qui n’y apprécièrent pas son portrait de l’Angleterre, qu’ils jugèrent trop éloigné de la réalité. « L’Or noir » sera le dernier album publié dans le Petit Vingtième ; la diffusion du journal cessant en 1940 à cause de l’invasion de la Belgique par les troupes allemandes.

 

Georges Rémi, dit Hergé, est né à Etterbeek en Belgique le 22 mai 1907. Bien qu’il avoua avoir dessiné au bas de ses cahiers dès son plus jeune âge, Hergé fut un excellent élève. Il fait du scoutisme, se passionne pour tout ce qui vient d’Amérique et commence à raconter des histoires qui seront publiées dans le Boy-Scout Belge dès 1924. En 1925, il rentre au journal Le XXe siècle au service des abonnements. Après son service militaire, lorsqu’il revient au journal, il est affecté au service des photos et illustrations et, très vite, il apprend à s’occuper de la mise en page et des illustrations. Quand son patron décide d’élargir l’audience de journal, il fait appel à Hergé pour prendre en main la création d’un supplément pour enfants :« Le Petit Vingtième ». Tintin y apparaît pour la première fois le 10 janvier 1929.

La première aventure, qui se passe donc chez les soviets, est une critique cinglante du régime communiste sera la seule à rester en noir et blanc et à ne pas faire l’objet d’adaptations. Dans cet album, Tintin s’enrôle dans l’armée soviétique pour en comprendre les rouages et, naturellement, de nombreuses péripéties s’ensuivent : condamné à mort pour acte de rébellion, il parvient à s’échapper mais il est alors recherché par le Guépéou à travers tout le pays.

 

Il est intéressant de constater que la première chose qui frappe chez ce héros – qui finalement n’a rien d’un héros – est son manque de personnalité. Hergé compense cette transparence en épaississant les autres personnages, beaucoup plus pittoresques et hauts en couleur comme peuvent l’être le capitaine Haddock et son langage fleuri ou le professeur Tournesol, pas qu’un peu déboussolé. Même son fidèle chien Milou semble, à plus d’un titre, beaucoup plus « humain » que son maître, uniquement guidé par sa curiosité et sa bienveillance. Si l’on peut facilement retracer l’histoire de la bande dessinée, on ne peut pas en dire autant de son héros. On ne connaît rien de lui ; sa famille, son lieu de naissance, sa vie privée, son boulot : tout cela relève du mystère le plus total. Et bien entendu, impossible de savoir non plus si son cryptonyme est en fait un prénom, un surnom ou un nom de famille.

Cela ne l’empêche pas de faire (encore) entre 10 et 15% du chiffre d’affaire de Casterman et de parler 77 langues !

 

Avant l’annonce, forcément médiatique, de la superproduction hollywoodienne de Steven Spielberg, les aventures de Tintin et Milou avaient seulement été adaptées deux fois au cinéma : « Tintin et la toison d’or » en 1961 et « Tintin et les oranges bleues » en 1964. Spielberg a aquis les droits de la bande-dessinée en 1983 et il a co-produit « Les aventures de Tintin : le secret de Licorne » aux côtés de Peter Jackson, qui sera le premier volume d’une trilogie. Le film sorti en salle le 26 octobre semble être un véritable succès en France et en Belgique bien que le journal Le Monde déplore l’incompatibilité inhérente qui réside dans la volonté d’adapter cet univers européen des années 40 avec la nécessité de rentabiliser un investissement de 130 millions d’euros. Sa sortie est prévue pour le 9 décembre au Québec et pour la veille de Noël aux Etats-Unis.

 

Source : Le monde, Wikipedia, tintin.free.fr, Tintin.com
Crédit photo : © neon2 – Fotolia