L’année dernière, début 2011, le gouvernement volait au secours des plus démunis – officiellement ceux qui bénéficient du RSA – afin que leur soit proposée une offre défiant toute concurrence en matière de téléphonie mobile. Il s’agissait d’offrir un forfait qui correspondait au « tarif social mobile », mis en place suite à la signature d’une convention signée le 7 mars 2011 par divers opérateurs mobiles. Aujourd’hui, c’est Free Mobile qui annonce grâce un coup  de maître médiatique savamment orchestré par Xavier Niel, deux forfaits imbattables : le premier « tout illimité » est à 19,90 euros et le deuxième, à deux euros seulement. La concurrence fait alors son apparition et c’est au tour des autres opérateurs de jouer l’alignement vers le bas. Comme par enchantement.

Le cartel des opérateurs s’aligne


Les réactions attendues, face à la présentation d’un forfait à deux euros offrant 60 minutes de communication et 60 textos par mois, sont soit le changement d’opérateur vers Free soit l’acquisition d’une nouvelle carte SIM. Les trois mousquetaires de la téléphonie Orange, Bouygues et SFR n’ont donc pas tardé à présenter une nouvelle offre jouant la carte du « tarif social » à leur tour. Brandissant inlassablement l’argument des « coûts incompressibles », le cartel de la téléphonie avait pu bénéficier jusqu’à présent d’un confort relativement bien entretenu, grâce à des pratiques qui n’auraient pas manqué de faire sourire Don Corleone. Ils avaient d’ailleurs été condamnés par l’Union européenne pour entente illicite sur les prix.


L’histoire ne s’arrête pas là. Rappelez-vous qu’Orange, Bouygues et SFR avaient porté plainte auprès de la Commission européenne contre Free lorsque la licence de téléphonie mobile 3G lui avait été accordé en 2009. Les trois opérateurs, plus déterminés que jamais à dicter leur loi, avaient déclaré que Free, avait bénéficié d’aides publiques illégales puisque la licence avait été lui accordée pour seulement 240 millions d’euros au lieu de 619 millions  pour les autres, qui avaient alors estimé, non sans une touche d’ironie, que cela faussait la concurrence. La plainte avait été déboutée par Bruxelles.


Free a tout compris


Free apparaît encore une fois comme l’enfant terrible de la communication, provoquant un raz-de-marée sur le système bien huilé des grands seigneurs de la téléphonie et secouant à la manière d’un tremblement de terre l’offre « sociale » proposée par le gouvernement en début d’année dernière. Cette offre apparaît comme étant moins complète et ce pour cinq fois plus cher : 40 minutes, 40 SMS pour 10 euros ! Free a donc tout compris.


Il semblerait donc que la concurrence ait pour une fois fonctionné à la faveur du consommateur. En apparence toutefois.


En effet, chez Free, le prix de votre smartphone n’est pas compris dans votre forfait, aussi vous retrouvez-vous à payer votre iPhone plus cher que si vous l’achetiez chez Apple (720 euros au lieu de 629) et donc, même si l’offre est a priori sans engagement, vous finissez par payer un téléphone sur 12, 24 ou 36 mois. L’article sceptique de l’Humanité évoque aussi les limites des offres dites « illimitées », en concédant toutefois que Xavier Niel a manié son coup de comm’ à la perfection.

Offre à manier avec précaution donc.


En définitive, ce n’est pas demain la veille qu’on arrêtera de se faire prendre des pigeons, n’en déplaise à Xavier Niel. Au demeurant, il faut bien reconnaître que son charisme aura au moins eu le mérite de lancer le pavé tant attendu dans la mare des opérateurs, qui n’avaient manifestement aucun scrupule à nous prendre pour des … pigeons. Les réactions ne se sont pas faites attendre ; chez Bouygues, on n’a visiblement pas apprécié de se faire traiter de bandit !


Sources : Le Monde, Le figaro, L’humanité, l’Informaticien
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